Raya Martigny : corps en suspension pour Lampoon Magazine
Dans cet éditorial réalisé pour Lampoon Magazine, Raya Martigny évolue dans un décor volontairement inachevé. Les matières brutes, les panneaux d’atelier et les surfaces de craft deviennent des extensions du corps. Dès les premières images, le projet construit une tension étrange. Rien ne semble totalement stable. Pourtant, chaque geste paraît précisément orchestré.
Pensé autour de la notion d’“Aphantasia”, le shooting photographié par Walter Pierre transforme le mouvement en mécanique suspendue. Le corps n’est plus seulement photographié. Il devient structure, matière et friction.
Alors que Raya Martigny continue d’imposer sa présence entre mode, cinéma et activisme, cet éditorial révèle aussi une autre facette de son langage visuel : une présence silencieuse, presque industrielle, qui dialogue avec l’espace autant qu’avec la caméra.

Une actualité forte entre Cannes et la mode
Cette année, Raya Martigny a marqué le Festival de Cannes par plusieurs apparitions remarquées. L’actrice et mannequin était notamment présente autour du film Les Matins merveilleux d’Avril Besson, présenté en Séance Spéciale. Elle y partage l’affiche avec India Hair et Éric Cantona.
Sa présence à Cannes confirme une trajectoire qui dépasse largement le cadre de la mode. Depuis plusieurs années, Raya Martigny construit un parcours hybride entre cinéma, performance et représentation queer. Révélée dans les univers de Mugler, Rick Owens ou Jean Paul Gaultier, elle développe également une pratique artistique plus personnelle autour de l’image et de l’identité.
Originaire de La Réunion, elle porte aussi un engagement fort autour des représentations LGBTQIA+. Avec le projet Kwir Nou Éxist, mené avec le photographe Édouard Richard, elle documente des identités queer réunionnaises encore peu visibles dans les récits médiatiques traditionnels.
Cette dimension politique reste discrète dans l’éditorial réalisé pour Lampoon. Pourtant, elle traverse chaque image. Le corps de Raya Martigny n’est jamais neutre. Il occupe l’espace avec une forme de résistance calme.
Walter Pierre construit un espace de déséquilibre
Le photographe Walter Pierre développe ici une écriture très particulière. Basé à Amsterdam, l’artiste sud-africain travaille souvent autour de la tension entre corps et architecture. Ses images ne racontent pas une histoire linéaire. Elles mettent plutôt en place des systèmes visuels.
Dans cette série pour Lampoon Meccano, les postures semblent interrompues au milieu d’un mouvement. Un fer à repasser devient un objet absurde. Une vitrine étroite transforme le corps en sculpture enfermée. Plus loin, une accumulation de chaussures agit presque comme une extension organique du décor.
Le studio devient alors un terrain d’expérimentation. Les panneaux bruts, les sols recouverts de craft et les éléments volontairement visibles participent à cette sensation d’inachèvement permanent. Rien n’est masqué. Au contraire, la construction du décor fait partie intégrante du récit visuel.
Cette approche rejoint naturellement les recherches développées dans certains projets réalisés au Studio Le Canal, où les productions utilisent régulièrement des décors évolutifs et des matières brutes pour construire des univers photographiques immersifs.

Un décor atelier pensé comme une extension du corps
L’un des aspects les plus marquants de cet éditorial reste la scénographie imaginée par Clément Pelisson. Le décor ne cherche jamais le réalisme. Il fonctionne plutôt comme une structure mentale.
Les panneaux patinés rappellent des murs d’atelier ou des espaces de répétition. Le sol en craft apporte une texture fragile. Chaque élément semble temporaire. Cette sensation donne aux images une forme de vulnérabilité très contemporaine.
Par ailleurs, les accessoires deviennent eux aussi des outils de narration. Une chaise retournée, un aquarium vide ou une table improvisée suffisent à déséquilibrer la scène. Walter Pierre utilise ces objets comme des points de rupture dans l’image.
Le résultat conserve pourtant une grande douceur visuelle. Les tons sourds, la lumière diffuse et le stylisme de Stefania Chekalina créent un contraste subtil avec la rigidité mécanique du concept initial.
Raya Martigny, présence magnétique et figure contemporaine
Ce qui frappe dans cette série, c’est la manière dont Raya Martigny occupe l’espace sans jamais chercher la démonstration. Son corps semble flotter entre abandon et contrôle.
Dans certaines images, elle apparaît presque désarticulée. Dans d’autres, son regard vient soudain réactiver toute la tension du cadre. Cette oscillation permanente produit une sensation étrange, proche de la performance contemporaine.
L’esthétique développée ici rejoint une nouvelle génération d’éditoriaux mode où le corps n’est plus seulement mis en valeur. Il devient surface de réflexion, outil politique et matière narrative.
On retrouve cette même approche dans plusieurs productions publiées récemment dans les éditoriaux du Studio La Brique Rouge, où photographie, décor et mouvement dialoguent comme un seul langage visuel.
Crédits
Model : Raya Martigny
Photography : Walter Pierre
Styling : Stefania Chekalina
Hair : Jesper Hallin @a__mgmt
Makeup : Anga Borodina @saint_germain_agency
Set design : Clément Pelisson
Casting : Levi Hare
Photography assistants : Anthony Peyper and Helén Robertson
Styling assistant : Alicia Barnet
Entre décor brut et suspension mécanique, cette production transforme le studio en espace mental, où chaque image semble rester volontairement inachevée.







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